Roman Laurent Maréchaux
Laurent Maréchaux, Le Fils du Dragon, Ed. Le Dilettante, 16€
Si vous cherchez un roman passionnant, Le Fils du Dragon de Laurent Maréchaux, publié aux éditions Le Dilettante vous comblera ! Son premier roman, Les Sept peurs, édité par la même maison, avait déjà ravi les critiques. Celui-là prend un chemin similaire. Les événements se déroulent à la fin du XIXe siècle. Nous suivons les aventures d’une famille de Nantes, la famille Combault, et notamment des marins de la maison, sur trois générations. Il y a tout d’abord, Charles, un marin hors pair, son fils Victor dit " le Dragon " puis le fils du Dragon, Rodolphe. Le livre s’ouvre sur une scène particulière : Louise, la femme du Dragon reçoit un courrier annonçant la mort de son mari ; son fils Rodolphe n’est pas loin. Extrait P11-12-13
La lettre arriva à Nantes le 13 mai 1886, en fin d’après-midi. C’était un jeudi. Louise revenait des vêpres. Le plis avait été glissé sous la porte par une main bienveillante. […] L’écriture la surprit. Une calligraphie enfantine, pas celle de son homme. Onze ans qu’elle était sans nouvelles de son mari, le capitaine de trois-mâts goélette, Victor Combault dit " le Dragon ". Hésitantes, ses mains diaphanes tournaient et retournaient l’étrange missive craignant le pire. […] La curiosité l’emporta. Elle déplia la feuille d’un papier blanc flavescent. L’encre bleu violine avait bavé, rendant sa lecture difficile. Les phrases s’enchaînaient, phonétiques et maladroites. […] La signature était illisible. Elle poussa un hurlement. Ses yeux se brouillèrent, elle perdit connaissance. […]
Ce passage constitue le pilier du roman. Dans la première partie, nous assistons à tout ce qui s’est passé auparavant et apprenons le contexte d’écriture de la lettre. De sa naissance jusqu’à sa mort, nous découvrons le personnage du Dragon, nommé ainsi parce qu’il a craché sur son père Charles, à sa naissance. Il est devenu, dès cet instant, le fils préféré parmi une tribu d’enfants. D’ailleurs, il est le seul à suivre les traces de la figure paternelle. En effet, après avoir été un cancre fasciné par l’histoire, la géographie, la lecture de romans d’aventures, la mer et l’école buissonnière, le jeune Victor commence sa carrière de marin à 15 ans, d’abord sur des bateaux de pêche puis sur des navires de commerce. Le Dragon connaît alors les peines et les joies des grands aventuriers. Il rencontre sur sa route des écrivains comme Joseph Conrad Korzeniowski et Arthur Rimbaud. Après être devenu lieutenant, il part sur un trois mâts qui doit passer le cap Horn et voyager sur plusieurs océans en laissant sa femme Louise enceinte. Il ne reviendra plus et tombera amoureux d’une femme sur l’île de Java avec qui il aura une fille du même âge que Rodolphe, son fils de Nantes qu’il ne verra jamais. Le Dragon meurt 11 ans plus tard. Pendant ce temps, son fils Rodolphe subit les moqueries des autres enfants parce qu’il n’a pas de père. Il cherche à connaître ce géniteur fantôme appelé Le Dragon. Ensuite, persuadé que la lettre annonçant sa mort cache un mystère, il décide de partir en direction de Java. La route est longue et non sans difficulté. C’est l’objet de la seconde partie. L’écriture enlevée et subtile de Laurent Maréchaux donne de la force aux histoires du Dragon et de son fils. Nous nous imprégnons de l’atmosphère du roman, de l’air marin dans lequel les personnages évoluent ; nous nous attachons à eux au point de ne plus vouloir les quitter. C’est violent et tendre à la fois. Le Fils du Dragon de Laurent Maréchaux publié aux éditions Le Dilettante est donc un livre flamboyant dont le feu nous brûle et laisse des traces d’un plaisir incommensurable.
Elodie
Emission du 23/10/2006