roman Isabelle Minière
Isabelle Minière, La Première Marche, éd. Le Dilettante, 15€, mars 07
A quoi peut servir un escalier à part à monter à l’étage ? Isabelle Minière, l’auteur de Cette nuit-là et d’Un couple ordinaire parus aux éditions Le Dilettante respectivement en 2004 et 2005, nous montre qu’un escalier peut aussi devenir un ami. Dans son dernier roman, La Première Marche, publié par le même éditeur, elle met effectivement en scène une petite fille d’environ 6 ans qui se lie d’amitié avec l’escalier de la maison familiale. Assise d’abord sur la première marche puis sur d’autres, elle y passe le plus clair de son temps de façon presque pathologique au lieu de jouer avec son petit frère ou dans sa chambre : ces heures passées là lui permettent de penser, de réfléchir, de se sentir moins seule et de se remémorer les bons et les mauvais moments de la journée. Elle analyse avec soins tous les comportements de sa mère qu’elle admire profondément, qu’elle adore même mais qu’elle craint au point de ne jamais être satisfaite de sa manière d’agir avec elle. A chaque fois, elle essaie d’être une petite fille à l’image de ce que cette mère si fabuleuse et énigmatique voudrait qu’elle soit mais n’y parvient jamais. A chaque fois, elle rate et sa mère lui en fait le reproche. Alors souvent elle s’en veut. Sa mère ne mérite pas d’avoir une petite fille comme elle alors qu’elle s’échine à tout lui donner. Dès le premier chapitre, cette relation ambiguë entre la petite fille et sa mère qui se matérialise par une relation fusionnelle avec l’escalier se ressent : P11-12-13 Chapitre 1 La petite s’assied sur la première marche de l’escalier. Elle tient quelque chose dans ses mains ; elle dispose cette chose-là sur ses genoux, avec le plus grand soin. C’est pour mieux la regarder ; pour mieux l’admirer. Et surtout ne pas l’abîmer. Le sourire de sa mère resplendit, éblouissant. Il rayonne. […] D’un geste délicat, elle effleure la photo, la caresse du bout du doigt, un peu, à peine… Puis… Puis elle ose : avec infiniment de précautions, elle embrasse la photo, tout en douceur, tout en lenteur. Et l’embrasse encore. Et encore… […] Entre deux baisers, la petite admire la photo ; c’est un cadeau du ciel, inespéré. A peine imaginable… C’est un miracle. Elle le doit à sa maîtresse. […] Cet extrait montre bien à quel point la petite fille compense un manque d’amour par des substituts comme une photo ou l’escalier. L’enfant n’a pas de nom. On a l’impression que la raison se trouve dans le fait qu’il cherche à s’effacer sur les marches. Bien que le texte soit écrit à la troisième personne, tout semble vu et décrit par la petite fille. L’écriture naïve et enfantine amène le lecteur à entrer dans son univers, dans ses cauchemars, dans ses craintes et dans ses rêves les plus intimes. Cela conduit à se demander si ce n’est pas la petite qui à force de chercher à être parfaite se dédouble et parle d’elle de l’extérieur. Ce dernier roman d’Isabelle Minière, La Première Marche, publié par les éditions Le Dilettante est une véritable réussite : il est rempli d’émotions ; il prend au ventre et le lecteur passe par tous les états.
C’est une photographie magnifique, un trésor…
Info poésie : le Prix Jean Aubert de 2007 organisé par Flammes Vives est ouvert depuis le 15 avril dernier. Pour plus d'informations sur le règlement : www.flammesvives.com
Elodie