Essai Hubert Nyssen
Hubert Nyssen, Neuf causeries promenades, Editions Léméac /Actes Sud, 16€
Même si le temps ne s’y prête pas, une belle promenade ne peut faire que du bien, surtout quand il s’agit de déambuler dans une forêt littéraire. C’est ce que nous propose Hubert Nyssen avec son ouvrage, Neuf causeries promenades, coédité par Léméac, publié chez Actes dans la collection " L’Ecritoire ". Né en 1925, l’auteur est romancier, poète, essayiste et éditeur. Il a fondé en 1978 les éditions Actes Sud dont il préside aujourd’hui le conseil de surveillance. Il a aussi publié une trentaine de livres dont Pavanes et javas sur la tombe d’un professeur, paru chez Actes Sud dans la collection " Un endroit où aller ", en 2004. Enfin, parallèlement à celui que je présente aujourd’hui paraissent un essai, La Sagesse de l’éditeur dans la collection " sagesse d’un métier " chez l’œil neuf éditions et une pièce de théâtre, Le Monologue de la concubine, chez Actes Sud-Papiers. Dans Neuf causeries promenades, Hubert Nyssen nous emmène en promenade au cœur de sa conception de la littérature, de l’université et de la pensée grâce à neuf réflexions faites sur ces questions au cours de divers événements publics ou privés : " Va savoir " a été exprimée à l’Université de Bruxelles en août 2002, " Les universités scintillent dans la nuit du monde ", à l’université de Liège, le 27 mars 2003, lors de la remise des insignes de Docteur honoris causa, " Les textes politiques de Victor Hugo " à Uzès, en novembre 2002, lors du Bicentenaire de Victor Hugo, " Trois mille pages de Giono soustraites à l’édition ", à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, en janvier 2004, " Simenon si, si… mais non : Maigret ! ", à la Mairie d’Arles, le 17 septembre 2004, " Je l’aime bien cette femme-là… ", à Bruxelles, le 7 décembre 2004, lors du 50ème anniversaire de la mort de Colette et " A propos du nom de l’arbre " à L’abri aux ifs, en septembre 2003. En ce qui concerne la " Lettre à André Delvaux sur l’envers de la représentation ", il s’agit d’une lettre à André Delvaux, datant de 1985. " La Maison " vient d’un entretien téléphonique datant de juin 1999. A travers ces titres de causeries promenades, il est possible de remarquer la variété des sujets qui sont abordés tout au long du livre. Ils permettent à Hubert Nyssen de nous confier des souvenirs et des rencontres liées à son enfance ou à sa vie d’étudiant, d’écrivain, d’éditeur, d’exprimer avec ferveur sa passion et son admiration pour des grands hommes et femmes de lettres ainsi que son opinion sur la place de la pensée et surtout de l’université. Il en est notamment question dans la seconde causerie, " Les Universités scintillent dans la nuit du monde " dont voici un extrait p. 19
Imaginer, comme je viens de le faire, des cartes où l’on verrait les universités scintiller dans la nuit du monde, ce n’était, on l’aura compris, qu’une manière de manifester la conviction que le rôle des universités est primordial dans un temps où les valeurs qui les ont fondées sont mises en péril, moins par les conflits que par la formidable marée de mensonges et de détournements qui déferle sur nous depuis que, dans cette société marchande en expansion, le profit est en passe de devenir en même temps l’unique instrument de mesure et la seule manière de penser.
Hubert Nyssen n’hésite pas à s’emporter quand une question lui tient à cœur. Ses émotions passent dans son écriture ; il vit ce qu’il dit ou écrit au point que nous croyons l’entendre nous parler. Le ton est tantôt ferme quand il s’agit de défendre une idée et de taper du poing sur la table tantôt confidentiel et lyrique quand il s’agit de nous faire partager son amour et admiration pour Victor Hugo, Colette, Simenon, Gino, ou de nous expliquer sa rencontre avec sa maison ou l’importance que prennent les arbres dans sa vie. Bref, ce livre d’Hubert Nyssen, Neuf causeries promenades coédité par Léméac, publié chez Actes Sud dans la collection " L’Ecritoire " donne l’occasion de s’aventurer sur des sentiers de réflexions littéraires sous un angle très particulier et enrichissant.
Elodie
Emission du 20/11/2006