Poésie Maurice Blanchard
Maurice Blanchard, La Hauteur des murs, Editions Le Dilettante, 15€
Qui ne connaît pas Maurice Blanchard est passé, à mon avis, à côté d’un poète hors norme qu’il est temps de découvrir grâce à la réédition aux éditions Le Dilettante de son recueil La Hauteur des murs publié chez GLM en 1947. Né en 1890 et mort en 1960, cet homme possède de nombreuses facettes. Il a surtout exercé plusieurs fonctions : ouvrier, marin, pilote de guerre, aéronaute, ingénieur en aéronautique, résistant et bien évidemment, poète. Il publie son premier recueil en 1929 date de sa rencontre avec le surréalisme. Réfractaire à tout embrigadement, il est reste un inclassable au cercle de lecteurs restreints. Parmi eux, il y a, par exemple, René Char et Paul Eluard. Il y a aussi Vincent Guillier qui signe la préface ainsi que l’explication de texte en fin d’ouvrage. En effet, il apparaît indispensable de préciser que l’univers de Maurice Blanchard lui est propre, très imagé et rempli de surprises : on ne sait jamais où il va nous emmener. Le mouvement perpétuel des décors, des allégories, des métaphores et des symboles crée une atmosphère instable et captivante. Autant dire qu’avant d’ouvrir le recueil de cet homme qui affirmait dans Le Grand passage en 1944 que " L’imaginaire a[vait] tous les droits ", avant d’entrer dans ses poèmes écrits en prose, il faut bien s’installer, faire le vide, oublier tout ce qu’on connaît déjà. Ce n’est seulement qu’à cette condition que l’on peut se laisser happer par la magie d’une écriture au lyrisme fou et dépasser La Hauteur des murs. Cela se fait en cinq étapes via les cinq parties qui divisent l’ouvrage et dont fait partie le poème écrit en 1944 qui porte le nom du recueil. La sixième se composent d’inédits issus du numéro 36 de la revue La Bouteille à la mer de l’année 1936 et de l’un des carnets du poète. L’ensemble nous emmène dans un monde métaphorique qui décrit de manière très implicite et forte le monde dans lequel Maurice Blanchard évolue. L’extrait du texte " La Liberté ou la mort ", p. 77 le montre parfaitement :
Comment sortir de nos caves ? Grincent les dents gâtées du soupirail qui mange nos mains et nos visages ! que s’entrouve la terre d’Europe comme un ventre de Judas ! Nous voici devenus les entrailles de l’ombre. Ha ! Ha ! Ha ! Quel rire nous secoue quand on n’a plus rien à perdre.
Ici, un sentiment de colère est mis en exergue comme d’ailleurs dans l’ensemble du livre. Maurice Blanchard utilise la poésie pour exprimer ce que lui et l’opprimé ressentent. Il rend la rage belle et imagée de façon à la rendre plus intense, de sorte qu’elle puisse briser les murs que se dressent constamment sur le chemin de chacun. Vous l’aurez compris, le recueil de Maurice Blanchard, La Hauteur des murs, réédité par les éditions le Dilettante constitue un incontournable indémodable et incomparable.
Elodie
Emission du 13/11/06