Choniques de Jean-Noël Blanc

Publié le par elodie Ker

Jean-Noël Blanc, Le Jardin à moustaches et autres définitions de l’homme, éd. Le Castor Astral, 12€

 

Qu’est-ce que l’homme ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Jean-Noël Blanc, l’auteur de divers romans et recueils de nouvelles dont Galipettes arithmétiques choisies (Le Dilettante), Tête de moi (Gallimard), Besoin de ville (Seuil), La Légende des cycles (Le Castor Astral) ainsi que La Petite Piscine au fond de l’aquarium (Joëlle Losfeld), lui, s’interroge sur ce sujet. A travers une série de chroniques aussi somptueuses les unes que les autres réunies dans un ouvrage intitulé, Le Jardin à moustaches et autres définitions de l’homme publié par Le Castor Astral, il tente d’y répondre à sa manière. A chaque fois, il commence par un paragraphe d’introduction non rattaché explicitement au texte qui suit, dans lequel la question est posée directement comme par exemple à la page 85, au début du chapitre « De l’art du jardin en général et du jardin à moustaches en particulier » :

 

Qu’est-ce que l’homme ? Ne répondons pas tous en même temps. Qui a une idée sur la question ? Silence dans les rangs.
Au bout d’un laps parfois considérable, certains répondent qu’ils préfèrent cultiver leur jardin.
Ils n’ont peut-être pas tort en définitive. Encore faut-il savoir à quoi ressemble le jardin.

 

Si ce paragraphe donne une indication sur le choix du titre de l’ouvrage, il permet aussi de donner le ton. C’est effectivement avec beaucoup d’humour que Jean-Noël Blanc traque et décrit les activités et les comportements humains pour essayer d’en extraire des morceaux de définition. Tout y passe, le jeu de boules, le jardin, la consommation alimentaire, le progrès… Exprimée dans une langue détachée et musicale, joueuse et moqueuse qui n’hésite pas à pointer du doigt en riant nos travers et notre ridicule, cette observation de l’animal humain que nous sommes a de quoi déconcerter. Cela ne veut pas dire que le travail de tentative de définition de l’homme n’est pas méticuleux et sérieux. Au contraire, les conclusions partent d’un constat réel, ou plus ou moins. Il s’agit de vraies réflexions à la manière des scientifiques… Juste à la manière de… N’exagérons rien ! Sa méthode expérimentale s’avère bien plus drôle ! La première chronique « Fémur de Lucy, pipeau de Slovénie et momies instructives » permet de s’en rendre compte : p5

 

L’homme est un animal biodégradable.
C’est une vérité d’expérience. Une recette toute simple permet d’en administrer la preuve.
Placer un homme dans un trou, le recouvrir de terre, laisser mariner. (De préférence, choisir un défunt ; si possible, frais.) Au bout d’un mois, exhumer : la peau a éclaté, les intestins ont crevé, tout suinte, tout suppure, les vers ont déjà commencé là-dedans un sérieux ménage.
Ça va vite. Le ver ne mollit pas sur l’ouvrage.
Enterrer derechef le cadavre, attendre, renouveler l’observation un an plus tard : tout ce qui était comestible a été dissipé. Ne reste que l’impropre à la consommation : la peau, l’os. Cinquante ans plus tard : l’os seul. Cinq siècles : des débris. Cinquante siècles : le fémur de Lucy.

 

La plupart des chroniques qui composent Le Jardin à moustaches ont déjà été présentées au public séparément, soit oralement soit par écrit dans un recueil ou une revue, avant d’être un peu remodelées et corrigées pour ce livre. Désormais réunies sous la forme d’un ouvrage publié par Le Castor Astral, intitulé Le Jardin à moustaches et autres définitions de l’homme, elles donnent à Jean-Noël Blanc l’occasion de nous enchanter et de nous interroger sur notre condition humaine en éclatant de rire.    

 

Elodie, le 2 juillet 2007      

 

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