Roman (Littérature étrangère)

Publié le par elodie Ker

 

"My First Sony" de Benny Barbash (éd. Zulma)

Yotam, petit garçon d'une dizaine d'années, enregistre tout sur son magnétophone Sony. A travers lui, les autres personnages du roman prennent vie, membres de la famille vivants ou morts, amis, proches ou rencontres de fortune. Yotam conserve, inventorie, classe les destins de ceux qui l'entourent et cherche sa propre place au sein de son monde. L'histoire d'amour et de violence de ses parents s'entremêle aux récits de Maya, qui vit avec deux hommes, ou de Tsvi, le grand-père paternel, qui dévoile quelques semaines avant de mourir le secret de sa rencontre avec sa femme ou encore de Noé, rescapé de la Shoah. C'est en fait toute la société israélienne qui défile sous les yeux du lecteur, religieux et laïcs, partisans de gauche et de droite, génération de la guerre et générations 'post-Shoah'.

'My First Sony' est une fresque familiale vertigineuse racontée à hauteur d'enfant. Sur son magnétophone Sony, le jeune Yotam écoute les angoisses et les crises d'hystérie de sa famille, emblème d'une "deuxième génération" rongée par ses névroses. Tous ces filles et ces fils des victimes de la Shoah, empêtrés dans une quête identitaire que le refus du souvenir rend inaccessible et douloureuse. A l'instar du père, Assaf, se heurtant sans cesse au silence des anciens. Ou encore de la mère, Alma, hantée par la peur de l'abandon. Alors pour ne pas risquer de perdre son passé, Yotam enregistre tout ce qu'il peut. Car enregistrer, c'est se donner l'illusion de pouvoir fixer à jamais des instants, de contrôler le temps et de nourrir son désir d'appartenance. L'écriture est précise. Le rythme haletant. Les situations se succèdent avec frénésie. Le lecteur progresse de digression en digression, presque en apnée. Si le ton est celui d'un enfant, se dissimule en filigrane le regard attentif et critique de l'écrivain. Et au fil des pages, c'est toute l'histoire du pays qui jaillit. La religion, la politique, la guerre, le sexe, l'amour, la mort. A partir d'un quotidien finalement banal, le lecteur voit défiler toute l'histoire de ce pays hanté par les plaies d'un passé oppressant. Mais en faisant d'un môme le narrateur de son récit, Benny Barbash s'octroie une liberté de ton inépuisable, entre naïveté et ironie, lui permettant de décortiquer sans aucune retenue les moindres strates de la société israélienne.


+ d'infos sur http://www.zulma.fr/

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