Murielle Renault, "Enfin la vérité sur les contes de fées", éd. Le Dilettante, 13
Quoi de plus naturel que de se laisser envoûter par la magie des contes de fées ! Une charmante jeune fille et un prince charmant qui se rencontrent, tombent amoureux, se marient et ont beaucoup d’enfants… Si cela vous fait rêver, le roman de Murielle Renault, Enfin la vérité sur les contes de fées, publié aux éditions Le Dilettante va vous faire revenir très rapidement à la réalité de la vie ! Pour cela, l’auteure a choisi de reprendre le décor et les personnages du roman de Nicolas Rey, Treize minutes paru en 1998 aux Editions Valat, aujourd’hui disponible chez J’ai Lu et Au Diable Vauvert, en changeant de point de vue. Marion, Simon, Antoine et les autres sont bien là sauf que cette fois-ci ce n’est plus Simon qui raconte ses aventures mais Marion. N’allez pas croire toutefois qu’il s’agit d’un plagiat déguisé ! Pas du tout ! En réalité, cette trame n’est qu’un prétexte à la création d’une histoire, d’une intrigue. Laquelle me direz-vous ? Marion, 27 ans, médecin dans un hôpital à Paris, a un petit copain Antoine mais vit en collocation avec trois hommes un peu marginaux Alban, Théo qu’elle n’aime pas beaucoup et Simon pour qui ses sentiments sont plus ambigus comme le montre l’extrait P36, 37,38, situé au beau milieu du premier chapitre « L’Aisance des bas-fonds » :
J’ai une drôle de relation avec Simon.
Dès l’instant où je l’ai rencontré, j’ai eu l’impression d’évidence, de connexion profonde. C’est assez difficile à expliquer sans tomber dans les clichés.
Je passais la semaine avec mes parents au ski. En fin de journée, je m’étais arrêtée dans un café en haut des pistes. Il était entré et s’était assis en face de moi sans me demander si cela me dérangeait. […] Il me regardait avec complicité. Comme si nous nous connaissions bien. Depuis longtemps déjà. La conversation s’était installée sans effort. Nous avions parlé de tout et de rien sans jamais parler de nous. Comme si nous n’en avions pas besoin. Comme si nous savions déjà l’essentiel. […] Nous avions pris notre temps pour nous séparer. Comme si nous savions que le lendemain déjà, plus rien ne serait pareil. […] Nous nous étions souvent vus pendant le reste de la semaine sans retrouver l’intimité mystérieuse de notre première soirée mais il en restait d’agréables effluves, une séduction qui avançait masquée et me plaisait plus que n’importe quelle déclaration d’amour dont on peut toujours douter. […]
Au moment où se déroule la scène, Marion est déjà en couple avec Antoine. Malgré cela, elle va préférer la collocation pour rester près de Simon. Aidée par son amie infirmière, Julie, notre jeune médecin va passer son temps à tergiverser entre son amour improbable avec Simon le décalé, pas très en phase avec la société, pas très fréquentable – elle le comprendra plus tard - et son envie de vie rangée avec Antoine qui lui provoque souvent des crises d’angoisse. Marion se cherche, se perd dans les dédales des sentiments et de l’existence tout en restant drôle et vive. Grâce à l’écriture fluide, chantante et haute en couleurs de Murielle Renault, on se sent entrer au cœur des doutes et des plaisirs de Marion. On la suit dans ses virées nocturnes. On l’entend nous parler. Les tournures de phrases donnent une impression d’oralité nous rendant cette héroïne au cœur tendre encore plus touchante et attachante. Avec ce roman, Enfin la vérité sur les contes de fées publié aux éditions Le Dilettante, Murielle Renault réussit le pari de reprendre un décor et des personnages tout en créant son propre univers et de démonter joliment les contes de fées tout en conservant la magie des belles histoires.
En janvier, son second roman publié chez Le Dilettante, Le Strip-tease de la femme invisible doit arriver. Vu la qualité du premier, il y a de quoi devenir impatient.