Romans de Laurent Graff

Publié le par elodie Ker

Laurent Graff, Le Cri (juin 2006) et Il ne vous reste qu’une photo à prendre (fin août 2007), éd. Le Dilettante

 

Vous aimez le dépaysement ? Alors vous allez adorer l’univers de Laurent Graff, l’auteur d’un grand nombre de romans comme par exemple, Il est des nôtres, Les Jours heureux, Voyage, voyages, tous les 3 publiés aux éditions Le Dilettante. En effet, l’écrivain sait parfaitement mêler l’imaginaire, le micro-cosmos inconscient de ses personnages, au réel. Dans un premier temps, les héros vivent des situations banales, évoluent dans un monde normal avant de se laisser submerger par leurs maux intérieurs. Ils nous emmènent avec eux, en eux, dans leur univers un peu étrange rempli de solitude.

 

En 2006, avec Le Cri, Laurent Graff nous conduisait dans le monde d’un péagiste un peu seul. Alors que le tableau du Cri d’Edvard Munch a été volé et pendant qu’un « bruit » mystérieux, indescriptible, sournois, se fait entendre et tue petit à petit les gens, l’autoroute se désertifie. Un jour, le héros retrouve le célèbre tableau dans une voiture laissée à l’abandon sur la route et décide de le garder… Il représente un cri silencieux et intérieur qui le ronge ; il lui rappelle un moment douloureux de sa vie.

 

A la rentrée, Laurent Graff revient avec Il ne vous reste qu’une photo à prendre également publié chez Le Dilettante. Ici, le personnage, Alain Neigel, un amateur de photos qui a arrêté  de faire des photos à la mort de M., il y a 20 ans. C’est d’ailleurs sur ce point que commence le roman. P7

 

J’ai cessé de prendre des photos il y a vingt ans, après la mort de M. J’avais à l’époque un Mamiya 35 mm de bonne tenue ; je faisais uniquement de la couleur. Je remplissais des albums entiers. Partout où nous allions – dès que son état de santé le permettait, nous partions en escapade - , j’emportais mon appareil. Je fixais sa présence et en tirais une image, comme pour arrêter ou ralentir le temps, l’empêcher, comme des bâtons dans les roues. Chaque photo était une carte abattue dans la bataille qui nous livrions. M. est morte un jeudi, 7 septembre. J’ai rangé mon appareil et je ne l’ai plus ressorti.

 

Après de multiples quêtes et conquêtes, il rencontre Clara avec qui il part en week-end à Venise. A la demande de celle-ci il se remet à faire quelques photos de souvenirs, sans conviction. Un jour, un homme en manteau gris leur propose de les photographier en couple, ensemble. Une fois la prise de vue effectuée, il rend l’appareil à Alain en lui disant ceci « Il ne vous reste qu’une photo à prendre » et en lui donnant une carte de visite. Ces mots sonnent comme un ultimatum pour lui, comme le début d’une aventure. Cette rencontre le conduit effectivement chez Giancarlo Romani, un ex-prêtre que l’humain intéresse, qui lui propose un jeu intitulé « Il ne vous reste qu’une photo à prendre ». Une fois la photo prise, c’est fini, le candidat est retiré du jeu. C’est alors le début d’un voyage étrange, énigmatique et d’un long questionnement pour parvenir à faire un deuil impossible.

 

Comme dans Le Cri, le héros Alain Neigel, parle à la première personne. Nous devenons, nous, lecteurs, acteurs des aventures que le narrateur vit. Nous voyons tout à travers lui et pénétrons facilement dans les maux de son monde.

 

L’écriture de Laurent Graff est fluide, musicale et juste. Elle donne du relief aux personnages, aux héros. Sa force simple les rend beaux dans leur douleur.

 

En d’autres termes, après Le Cri, Laurent Graff revient, à la rentrée (24 août), avec un nouveau roman, Il ne vous reste qu’une photo à prendre, publié chez Le Dilettante, fort puissant, plein de poésie et d’émotions, bref, avec un livre encore une fois incontournable !   

 

Elodie, le 16 juillet 2007

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