Jeunesse : contes russes
Ludmila Oulitskaïa, Contes russes pour enfants, éd. Gallimard Jeunesse, 12,5€ Quand Ludmila Oulitskaïa, l’un des plus grands auteurs russes contemporains, se met à visiter l’univers des contes pour enfants, cela donne une pure merveille intitulée Contes russes pour enfants, illustrée par Svetlana Filippova et publiée aux éditions Gallimard Jeunesse. La conteuse nous fait entrer dans deux univers remplis de magie et de poésie. Nous suivons d’abord les aventures d’une souris solitaire qui habite dans une armoire où elle entasse tous ses trésors. Elle y vit paisiblement jusqu’au jour où elle s’aperçoit qu’un intrus s’est installé chez elle. Il s’agit d’un homme, un ramoneur nommé Fédia. Pour s’en débarrasser elle use de tous les stratagèmes, en vain. Même le chat Ignace qu’elle se procure pour chasser l’imposteur se lie d’amitié avec ce dernier… Quel événement pourrait venir la sauver ?... Ensuite nous partons à la rencontre du Moineau Anvers, du chat Mikheïev, de l’aloès Vassia et de la mille-pattes Maria Sémionovna. Tous les quatre vivent dans une maison abandonnée, en harmonie, jusqu’au moment où Maria Sémionovna donne naissance à des petits mille-pattes, des enfants insupportables qu’il serait facile de qualifier de petits montres. Leur arrivée change l’existence des quatre compères : c’est le début des problèmes. Pendant que Maria Sémionovna tente d’éduquer ses enfants avec une telle difficulté qu’elle doit aller chercher un livre sur l’éducation des enfants, le chat Mikheïev, l’oiseau Anvers et l’aloès Vassia essaient tant bien que mal de l’aider à s’occuper de sa tribu infernale, au péril de leur vie… Le chapitre 7 de ce second conte (p93-94) permet de se rendre compte du bouleversement que cet événement a produit : Une fois de plus, ce fut le début d’une nouvelle vie. Mikheïv se fit engager comme gardien pour une grange du village contre les souris, et il recevait un pot de lait chaque matin. Anvers, lui, passait son temps à s’occuper des bébés. Il devait voler au secours des uns et des autres vingt fois par jour. En outre, il fallait qu’il trouve le temps d’aller chercher de l’eau pour lui-même pour Vassia, tout en picorant quelques graines en chemin. Il était devenu maigre et avait l’air soucieux. L’écriture de Ludmila Oulitskaïa est remplie d’humour et de désinvolture. Les événements s’enchaînent sans que nous puissions nous en apercevoir. Le rythme donne du relief aux aventures des personnages que l’auteur sait rendre attachants, humains même s’il s’agit d’animaux avec leurs faiblesses et leurs forces. Ludmila Oulitskaïa est née en 1943 dans l’Oural. Elle a grandi à Moscou et fait ses études de biologie à Moscou où elle vit actuellement avec ses fils et son mari sculpteur, Andraï Krassouline. Auteur de nombreuses pièces de théâtre et de scénarios de films, elle se consacre, depuis le début des années 1980, exclusivement à la littérature. Tous ses livres ont été traduits en français aux Editions Gallimard. Son roman Sonietchka a obtenu le prix Médicis étranger 1996. Son premier livre pour enfants, Le Miracle des choux est paru en 2005 aux éditions Gallimard Jeunesse tout comme celui-ci, Contes russes pour enfants. Ce dernier est illustré par Svetlana Filippova, née en 1968, tantôt sous forme de croquis en noir et blanc tantôt sous forme de dessins colorés, un peu en 2d avec des couleurs assez sombres, donnant une impression d’irréel et renforçant l’imaginaire et le mystère. Après des études de philologie, elle a suivi des études cinématographiques à l’Ecole supérieure du cinéma et du film d’animation de Moscou. Elle a déjà tourné un premier film et illustré plusieurs livres pour enfants. Avec ces deux Contes russes pour enfants publiés aux éditions Gallimard jeunesse et traduit du russe par Sophie Benech, l’auteur Ludmila Ouliskaïa et l’illustratrice Svetlana Filippova nous offre une belle promenade au cœur de l’imaginaire russe que les grands apprécient autant que les petits. Elodie, le 9 juillet 2007
Outre le lait, les enfants aimaient aussi tous les autres aliments que l’on pouvait trouver.
Les seuls moments où ils ne réclamaient pas à manger, c’était quand ils mâchaient et quand ils dormaient. Leur maman mille-pattes ne savait plus où donner de la tête, entre la couture et la recherche de nourriture. Elle avait fabriqué un sac à dos pour Anvers et désormais, lui non plus ne rentrait jamais sans quelque chose à manger pour les enfants. Il ramassait des graines avec lesquelles il leur préparait de la bouillie au lait. Tous étaient à bout de forces. Maria Sémionovna disait qu’elle serait tout simplement morte sans l’aide de ses amis.