Leonard Cohen, Le Livre du Désir, éd. le Cherche Midi, 18€

Publié le par elodie Ker

Il est parfois des bonheurs qu’on a envie de partager. Pour ma part, aujourd’hui, c’est d’un bonheur de lecture dont je souhaite vous parler, un bonheur que j’ai eu en lisant Le Livre du Désir de Leonard Cohen publié aux éditions Le Cherche Midi et traduit de l’anglais par Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal.    

Qui est Leonard Cohen ? Il s’agit d’un écrivain, poète, auteur-compositeur-compositeur, canadien anglophone de Montréal qui a publié en 1971 aux éditions Christian Bourgois, The Favorite Game et Les Perdants magnifiques, en 1974, L’Energie des esclaves, en 1994,  Musique d’ailleurs. Sa dernière publication date de 2007. Il s’agit du Livre constant du désir, traduit par Michel Garneau et publié aux éditions de l’Hexagone. Le Livre du Désir (Book of Longing-2006) réunit plus de deux cents textes, en vers et en prose, accompagnés de plusieurs centaines de dessins (des pseudo-portraits de lui, des femmes nues, des animaux). Certains dessins reviennent plusieurs fois mais prennent une couleur différente selon le texte qu’ils portent. Il s’agit-là du premier recueil de poèmes originaux publié par Léonard Cohen depuis 1985 et Le Livre de Miséricorde (Book of Mercy).

En 2001, Leonard Cohen avait retenu une dizaine de ces inédits pour les mettre en musique et les enregistrer sous le titre Ten New Songs.

Son parcours est décrit sur la 4e de couverture :

Depuis 1985, Leonard Cohen a poursuivi sa vie de troubadour : enregistrements de disques, tournées de concerts à travers le monde… Il s’est aussi accordé la disponibilité nécessaire pour méditer et écrire. Il a notamment fait des séjours prolongés et répétés dans le monastère bouddhiste zen de Mount Baldy, en Californie, auprès du « maître » Kyozan Joshu Roshi. Il a mis fin à cette expérience en 1999 pour revenir à « Boogie Street » - c’est ainsi qu’il surnomme se vie quotidienne « en ville ». Il se partage désormais essentiellement entre ses deux ports d’attache : Montréal et Los Angeles. Mais il n’a jamais cessé, en parallèle, d’aller et venir sans se lasser, tantôt parcourant et découvrant l’Inde, tantôt retrouvant la France ou le Grèce, qu’il aime particulièrement l’un et l’autre.

Les influences musicales se ressentent dans l’écriture de Leonard Cohen. Les mots et les vers dansent sur la page et forment un tout avec les dessins ou plutôt les croquis. Ils expriment avec force le fond des pensées de l’auteur : ils ont du caractère. Ils nous touchent et nous entrons sans difficulté dans les états d’âme, les craintes et les envies les plus profondes du poète. S’il est vrai qu’ils n’ont pas été écrits en français dans un premier temps, il semblerait que les traducteurs Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal aient réussi à restituer la délicieuse saveur de la poésie de Leonard Cohen. Celui-ci nous transporte dans son univers rempli de voyages, de paysages variés, se balançant entre le Désir de spiritualité et le Désir des plaisirs de la vie et de la chair. Ne vous attendez pas cependant pas à un livre érotique ou ésotérique. Pas du tout. Tout est suggéré et décrit avec délicatesse. Il y a des doutes, des certitudes remises en cause, des interrogations. Bref, ce Livre du Désir, de Leonard Cohen publié par les éditions Le Cherche Midi sous la direction de Jean-Paul Liégeois est fort, touchant et prenant tout simplement parce qu’il est humain. Tout au long de l’ouvrage nous entendons sa voix. Il nous parle et entre chez nous, pour ne jamais en sortir, pour notre plus grand plaisir.

Ce bonheur de lecture coûte 18€.

 

Poème P. 14

Toi aussi Tu chanterais

 

Toi aussi tu chanterais

si tu te trouvais

dans un endroit pareil

Tu ne t’inquièterais pas de savoir

si c’est aussi bon

que Ray Charles ou Edith Piaf

tu chanterais

Tu chanterais

non pour toi-même

mais pour te construire un moi

avec les vieux aliments

qui pourrissent dans les entrailles des astres

et le râle dépourvu d’amour

de ton propre souffle

Tu deviendrais chanteuse

en moins de temps qu’il n’en faut

pour exécrer le charme d’une rivale

et tu chanterais, chérie

toi aussi tu chanterais

 

 

Elodie, émission du 7 juin 2008      

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