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Publié le par elodie Ker

« Les quinze joies de mariage » Anonyme (mis en français par Isabelle Jourdan) (éd. La part commune)

Ces « quinze joies de mariage » offrent un tableau plein d’humour et d’acuité des vicissitudes conjugales.
L’étonnante modernité de ce petit texte, loin de ne s’adresser qu’à un cercle de médiévistes, offre au fil des situations un tableau vivant et enjoué des pièges de la conjugalité. Nul désir de corriger les mœurs mais un regard ironique, jamais partisan, toujours amusé : l’auteur s’y exprime avec une élégante désinvolture. Quant au mari, balourd sans imagination, « métamorphosé en âne sans qu’il soit besoin d’aucun enchantement », il est aussi coupable que son épouse. Après tout, c’est lui qui cherche son malheur et, comme le constate avec humour et détachement l’auteur, « Dieu n’a donné froid qu’à ceux qu’il sait assez chaudement emmitouflés pour pouvoir le supporter »…

Extrait : "La première joie"

 

La première joie du mariage est goûtée alors que le jeune homme est encore dans sa belle jeunesse, qu’il est frais, net et plaisant, et qu’il n’a pas d’autre préoccupation que soigner sa mise, composer des ballades, les interpréter,repérer parmi les belles celles qui ont le plus de charmes, et profiter sans souci des plaisirs de la vie que lui permet sa condition.
Il ne s’inquiète pas de l’origine de ses ressources dans la mesure où il a encore son père et sa mère, ou d’autres parents qui lui accordent sans compter tout ce qu’il demande.
Pourtant, bien qu’il vive largement et mène une existence facile, le voici qui ne peut bientôt plus supporter sa situation, mais qui regarde avec envie les autres, mariés et bien emprisonnés dans la nasse, mais qui, croit-il, s’y divertissent fort puisqu’ils y ont auprès d’eux l’appât, à savoir leur épouse, belle, bien apprêtée, richement vêtue, de toilettes qui, sait-on jamais, ne sont peut-être même pas payés par son mari. Qu’importe, on fait croire au brave époux qu’il s’agit d’un cadeau du père ou de la mère, prélevé sur leur garde-robe personnelle…Le jeune homme tourne et rôde alors tout autour de la nasse, se donne tant et tant de mal qu’il finit par y pénétrer et se marie : hélas, pressé qu’il est de goûter au festin, il arrive souvent qu’il ne prenne pas le temps de réfléchir suffisamment aux conséquences de sa décision et se jette tête baissée dans cette aventure.
Le voici maintenant bien captif dans la nasse, lui qui jusqu’alors ne se souciait que de chansonnettes, de coquetterie, de bourses de soie et autres babioles à offrir aux belles. Le voici qui jubile, qui goûte quelques temps aux délices du mariage sans nul désir de recouvrer sa liberté jusqu’au jour où il y songe, mais alors il n’est plus temps et il lui faut établir sa femme selonun rang digne d’elle.
+ d'infos sur http://www.lapartcommune.com/
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