Revue de presse du 18 février 2008
La semaine dernière, je vous ai présenté brièvement le contenu des deux principaux mensuels littéraires, Lire et Le Magazine Littéraire, en mettant l’accent sur un article du premier sur le best-seller chinois de Jian RongLe Totem du loup, publié par Bourin éditeur. Aujourd’hui, il est temps de zoomer sur des dossiers et enquêtes qui valent le détour.
Tout d’abord, rappelons que Lire consacre 15 pages à Françoise Sagan réunies sous le titre « Françoise Sagan, dernières révélations ». Pourquoi ce dossier ? Les explications se trouvent dans l’introduction : « Trois ans après sa disparition, le ‘charmant petit monstre’ fait de nouveau l’actualité, à travers un film de Diane Kurys dont la sortie en salle est prévue au printemps, l’adaptation par Florian Zeller de Château en Suède pour la télévision et plusieurs ouvrages. […] Lire a mené l’enquête pour faire la lumière sur un écrivain dont la vie flamboyante ne doit pas occulter l’œuvre. » S’ensuivent alors un portrait de l’auteure de Tristan Savin entrecoupés de photos et de critiques de livres récents sur elle, une analyse de son « œuvre encore amplement incomprise » de Philippe Laroche, un témoignage de son fils Denis Westhoff, une présentation des nouveaux héritiers présumés de Françoise Sagan (Bernard Chapuis, Adrien Goetz, Marc Lambon, etc.) et un point d’Alexandre Fillon sur l’édition des ouvrages de cette femme devenue un phénomène littéraire.
De son côté, Le Magazine Littéraire propose une enquête passionnante sur l’enseignement de la littérature à l’école intitulée « Comment enseigner la littérature ? », rédigée par Hubert Prolongeau et illustrée par Muzo. On nous y explique que, depuis la seconde moitié du 20e siècle, une nouvelle manière de présenter la littérature et les œuvres aux élèves a vu le jour et s’est développée à partir de 68 au point de devenir la norme à l’heure actuelle. L’enseignement de cette matière devient de plus en plus technique : on parle d’adjuvant, de schéma actanciel, d’opposants, d’objectifs, etc. pour aborder les auteurs et leurs écrits. Tzvetan Todorov l’un des premiers défenseurs de cette méthode s’insurge aujourd’hui contre son utilisation massive : « On étudie la méthode et plus l’objet. L’idée que la littérature a à nous dire quelque chose sur nos vies est perdue de vue. ». Le journaliste Hubert Prolongeau ajoute « Ce formalisme est vécu comme desséchant par nombre de lycéens. » Il semblerait que celle-ci ait été intensifiée dans les années 1970, au moment où de plus en plus de jeunes commençaient à accéder au lycée, quand on a pris conscience que « beaucoup d’enfants avaient du mal à lire », à l’époque de la phrase de Chomsky : «L’école apprend à déchiffrer au fils de prolétaire, et à comprendre au fils de bourgeois. » Il s’agissait alors, avec cette méthode, de « construire une référence commune ». François Bégaudeau, professeur de français dans le XIXe arrondissement et auteur d’Entre les murs commente : « C’est très intéressant du point de vue démocratique à condition de ne pas en abuser. » D’autres écrivains enseignants connus et reconnus comme Philippe Delerm et Patrick Grainville avouent leur prise de liberté vis-à-vis de ces techniques quitte à faire grincer les dents de quelques inspecteurs. Le premier affirme : « Le style est […] incohérent car personnel. Cette chasse gratuite aux figures de style ennuie tout le monde. C’est ‘à vos ordres, mon adjuvant’. Réussir son enseignement, c’est d’abord favoriser une rencontre humaine […]. » Patrick Grainville va plus loin en expliquant : « […] un bon littéraire peut échouer à ses examens parce qu’il n’a pas fait le plan qu’il fallait faire. Certains techniciens ont peur de ce que la littérature a d’intime. »
Enfin quand il s’agit de savoir s’il vaut mieux privilégier l’enseignement de canons de la littérature uniquement ou s’il est préférable de faire entrer les jeunes dans les livres et l’univers des mots par le biais d’ouvrages jeunesse actuels… là encore la question fait débat.
C’est à lire dans Le Magazine littéraire.
Elodie, émission du 18 février 2008
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