Roman

Publié le par elodie Ker

"La Lavandière de Saint Léger" de Sylvie Anne (éd. Presses de la Cité, coll. Terres en France)
L'histoire :  A l'aube du XXe siècle, Clarisse Goussaud, jolie lavandière de dix-sept ans pleine d'énergie et de projets, vit à Saint-Léger, dans les monts d'Ambazac (Haute-Vienne). Sa vie bascule le jour où son père meurt après lui avoir confié une pépite d'or trouvée sur le terrain familial. Dès lors, Clarisse n'a qu'une idée en tête : grâce à cette pépite, elle va réaliser son rêve, créer un jour les bijoux qu'elle dessine en cachette. Aidée par les rares proches qui croient en elle, la jeune femme s'acharne et réussit finalement à exploiter le filon d'or. La rencontre avec un couturier de Limoges lui ouvre les portes de la réussite : ses bijoux connaissent un succès aussi immédiat qu'inattendu... Bientôt, Clarisse lance sa propre marque : sa renommée ne fait que commencer...

La success story d'une jeune provinciale qui à force de volonté et de courage parvient à réussir dans un monde emprunt aux préjugés et à la mesquinerie...
Un roman indispensable !


L'auteur : Sylvie Anne se partage entre sa passion de l'écriture et son métier dans l'audiovisuel. Dans ses romans -Le Secret des chênes, La Couze, Ciel d'orage sur Donzenac et Un été à Vignots (parus aux Presses de la Cité) -, elle aime évoquer la Corrèze, une région qu'elle connaît bien de par ses origines maternelles.


Extrait du livre :
Saint-Léger (Haute-Vienne), 1903

La nuit tombait lorsque Jean Goussaud rentra chez lui. Comme à son habitude, il venait de quitter l'auberge de Saint-Léger, le village où il vivait, situé en plein coeur des monts d'Ambazac. L'humidité encore fraîche de ce début d'avril lui fit remonter le col de sa grosse veste en toile puis enfoncer son chapeau. L'angélus avait sonné depuis une heure mais des carrioles débouchaient encore des chemins adjacents. Si la plupart d'entre elles signalaient leur arrivée grâce à des lanternes accrochées à l'avant, celles qui n'avaient pas de lumière étaient les plus dangereuses. Goussaud avait beau le savoir, le vin qu'il avait bu diminuait sa vigilance et rendait ses pas laborieux.
L'envie de fumer une cigarette le poussa vers le bas-côté. Il connaissait si bien son trajet qu'il trouva sans peine la vieille souche d'arbre sur laquelle il s'asseyait parfois. Traîner un peu avant de retrouver les siens ne lui déplaisait pas. Sa cigarette allumée, il tourna la tête en plissant les yeux pour essayer de voir quelque chose malgré l'obscurité. En contrebas, il entendait la Couze charrier ses eaux grondeuses en cette saison mais ne distinguait pas le pont qui l'enjambait. Seule une lueur vacillante à la fenêtre d'une maison attira son regard. C'était là qu'habitait Léon Marsac, son beau-frère, le maire du village. Un durcissement soudain crispa ses traits.
- Saleté de voleur ! éructa-t-il.
- T'as le vin mauvais, ce soir ! ironisa une voix derrière lui.
Germain Crozant, l'un de ses amis, qui possédait un champ et une ferme non loin de là, le regardait, une lampe-tempête à la main.
Sans se démonter, Goussaud désigna la demeure de Marsac d'un coup de menton :
- Ce vaurien me révulse avec sa vie de riche, son fils presque instituteur et sa maison bourgeoise qu'il a eue sans même lever le petit doigt. Tu trouves ça juste, toi ?
Crozant haussa les épaules. La rancoeur de Goussaud envers Léon était légendaire dans le pays. Surtout depuis le partage qui avait eu lieu entre les enfants à la mort du vieux Marsac.
- Rose et toi, vous avez eu votre part. Alors, que lui reproches-tu ?
En un quart de seconde, Goussaud fut sur lui pour le saisir par le col de sa chemise :
- Si je te dis qu'on a été volés, gronda-t-il, c'est que j'ai raison, compris ?


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